À compter du 1ᵉʳ juillet 2026, toute facture émise au Burkina Faso devra passer par un système certifié par la DGI. Les entreprises déjà équipées d'un logiciel de facturation se trouvent dans une situation particulière : le logiciel actuel ne devient pas spontanément conforme.

Que vous utilisiez Sage 100, Ciel, EBP, ProGes, Odoo Community, un logiciel développé en interne ou tout autre outil de gestion non encore homologué, ce qui suit vous concerne. Cet article n'a pas pour but de décrire une voie unique, mais d'aider à diagnostiquer la situation, identifier la voie la mieux adaptée et planifier la transition avant l'échéance.

Pas d'attentisme possible

Le délai du 1ᵉʳ juillet 2026 est ferme. Une entreprise qui découvrirait en mai 2026 que son éditeur n'a pas homologué et n'envisage pas de le faire risque de ne pas pouvoir migrer à temps.

Le diagnostic décrit ci-dessous doit être engagé sans attendre. Plus tôt il est mené, plus larges sont les options disponibles. Au-delà de mars 2026, la voie de la migration vers un nouvel éditeur devient tendue ; au-delà d'avril, elle devient à risque.

Cartographier son logiciel actuel

Avant tout choix, il faut établir une cartographie précise. Cette cartographie servira de base à toutes les discussions ultérieures avec l'éditeur, les nouveaux fournisseurs potentiels et l'expert-comptable.

Les informations à recueillir :

  • Nom commercial exact du logiciel utilisé
  • Numéro de version installée (menu « À propos » ou « Aide »)
  • Éditeur : raison sociale et coordonnées
  • Année de mise en service
  • Distributeur ou intégrateur local qui a installé et accompagne la solution
  • Contrat de maintenance en cours : copie, échéance, prestations couvertes
  • Type de logiciel : standard du marché, sur mesure, open source modifié
  • Architecture : poste local, serveur interne, cloud éditeur, cloud tiers

À cela s'ajoute la quantification de l'usage : nombre de factures par mois, nombre d'utilisateurs actifs, nombre de clients enregistrés, volume de données, liens avec d'autres applications (comptabilité, paie, CRM, stocks, e-commerce).

Interroger l'éditeur

L'éditeur est l'interlocuteur central. Sa réponse, écrite et précise, conditionne la voie à suivre.

Six questions à poser formellement, par écrit :

  1. Votre logiciel - en version actuellement installée chez nous - dispose-t-il d'une attestation d'homologation DGI Burkina Faso au regard du SECeF ?
  2. Si non, une démarche d'homologation est-elle en cours pour cette version ? Quelle est la date prévisionnelle d'obtention ?
  3. Si non, est-il prévu de produire une version homologuée ? À quel horizon ? Gratuitement ou contre un upgrade payant ?
  4. Si non, recommandez-vous une autre solution de votre catalogue (déjà homologuée), ou suggérez-vous une migration vers une solution tierce ?
  5. Quelles seraient les modalités de migration (assistance, reprise de données, formation) ? À quel coût ?
  6. Quelle est votre position contractuelle en cas de non-conformité de votre logiciel au 1ᵉʳ juillet 2026 ?

Une réponse orale ne suffit pas. Exigez une réponse formelle écrite. Si l'éditeur refuse de s'engager par écrit, c'est un signal fort que la première voie n'est pas viable.

Comment interpréter la réponse

Cinq cas typiques émergent en pratique :

  • Attestation déjà obtenue pour la version utilisée → Voie 1 confirmée : conserver la version, vérifier l'attestation, raccorder un MCF.
  • Démarche en cours, date prévisionnelle crédible → Voie 1 possible si la marge avant l'échéance est confortable (livraison au plus tard fin avril 2026). Préparer un Plan B en parallèle.
  • Réponse vague, sans engagement écrit, ou date prévisionnelle tardive → Voie 1 à exclure. Engager immédiatement la voie 2 (migration vers un SFE homologué) ou la voie 3 (repli SECeF physique selon la taille).
  • Aucune réponse, éditeur injoignable, logiciel abandonné → Voie 1 impossible. Migration urgente.
  • Logiciel développé en interne sans projet d'homologation → Choix entre : lancer une homologation interne (sujet d'une autre note), migration vers un SFE homologué, ou repli SECeF physique.

Voie 1 : attendre l'homologation par l'éditeur

Cette voie consiste à conserver le logiciel actuel et à attendre que l'éditeur livre une version homologuée. Elle est attractive - continuité totale - mais comporte des risques.

Conditions de viabilité : engagement écrit de l'éditeur ; date prévisionnelle confortable (au plus tard fin avril 2026) ; éditeur solide avec présence locale ; version homologuée proposée gratuitement ou pour un upgrade modéré clairement chiffré ; contrat de maintenance à jour.

Avantages : continuité totale, pas de changement d'outil, pas de reprise de données, pas de formation lourde, préservation des habitudes utilisateurs et des intégrations existantes, coût initial limité.

Risques : retard de livraison qui réduit dangereusement la marge avant l'échéance ; défaillance de l'éditeur (abandon, fragilité financière, désengagement local) ; tarification de la version homologuée supérieure à l'attendu ; périmètre fonctionnel modifié.

Recommandation : même si la voie 1 semble la plus rationnelle, préparer en parallèle la voie 2 est une protection. Concrètement, engagez les premiers échanges avec un éditeur agréé « de secours » dès janvier 2026. Si la voie 1 aboutit, le Plan B est abandonné sans engagement.

Voie 2 : migrer vers un SFE déjà homologué

Cette voie consiste à abandonner le logiciel actuel pour adopter un SFE déjà agréé par la DGI. Elle s'impose lorsque la voie 1 n'est pas viable.

Quand cette voie est pertinente : éditeur actuel sans intention d'homologuer ; éditeur défaillant ; logiciel ancien en fin de vie de toute façon ; changement de solution déjà envisagé indépendamment de la réforme.

Démarche : identifier 2 à 3 éditeurs agréés présents au Burkina Faso ; demander des devis comparatifs (licence, migration, formation, maintenance) ; comparer non pas le seul prix mais le coût total sur 3 à 5 ans ; signer le contrat avec l'éditeur retenu (en exigeant son attestation d'homologation) ; planifier la migration ; acquérir un MCF compatible ; tester avant la bascule.

Avantages : conformité garantie, solution moderne, support à jour, opportunité de moderniser le SI, réduction du risque réglementaire, possibilité de gains fonctionnels (mobilité, cloud, reporting).

Limites : coût de migration parfois élevé, conduite du changement (formation, résistance des équipes), reprise de données techniquement délicate, calendrier tendu, nouvelle dépendance éditeur.

Voie 3 : repli sur SECeF physique

Cette voie consiste à abandonner le logiciel de facturation et à passer à un terminal SECeF physique (UF + MCF) fourni par la CCI-BF. Elle est réservée à des situations particulières.

Quand cette voie est pertinente : entreprise de petite taille avec volume modéré et logiciel actuel surdimensionné ; délai insuffisant pour la voie 2 (situation découverte tardivement, en mai 2026 par exemple) ; coût d'un nouveau SFE prohibitif au regard de l'activité ; simplification du SI envisagée de toute façon.

Renoncements à accepter : perte de la gestion commerciale intégrée (devis, commandes, statistiques avancées disparaissent sauf à les tenir séparément) ; perte de la gestion des stocks intégrée si elle existait ; saisie manuelle des ventes au terminal ; disparition de l'automatisation comptable.

À retenir : le SECeF physique est conçu pour les TPE. Pour une PME structurée, c'est une régression significative. Privilégiez cette voie uniquement si le délai ne permet plus la voie 2 et si la voie 1 n'est pas viable. Documentez la décision et son motif (continuité d'activité avant tout) au procès-verbal de direction.

Comment trancher

Une grille de décision objective aide à choisir, en notant chaque voie sur huit critères : fiabilité de l'engagement de l'éditeur actuel, maîtrise du délai, préservation des fonctionnalités, coût total sur 3 à 5 ans, risque réglementaire résiduel, capacité interne à conduire le changement, cohérence avec la stratégie SI à moyen terme, continuité d'activité pendant la transition.

Quelques règles simples se dégagent :

  • Quand l'éditeur s'engage par écrit avec une date crédible : voie 1 préférable.
  • Quand l'éditeur est défaillant ou injoignable : voie 2 indispensable.
  • Quand le délai disponible est très court (moins de 2 mois) : voie 3 souvent inévitable.
  • Pour une entreprise structurée avec ERP intégré : voies 1 ou 2.
  • Pour une TPE à faible volume : voies 1 ou 3.
  • Si les critères convergent vers des voies différentes, la voie 2 est généralement la solution la plus pérenne. La voie 3 doit rester un dernier recours.

La décision finale est un acte de direction, à tracer au procès-verbal.

Le calendrier critique

Quelle que soit la voie retenue, le calendrier est tendu.

  • Janvier 2026 - Diagnostic et premier choix (cartographie, interrogation de l'éditeur, identification d'éditeurs de secours).
  • Février 2026 - Décision sur la voie à suivre, tracée au procès-verbal.
  • Mars 2026 - Contractualisation (confirmation écrite pour la voie 1, signature du contrat pour la voie 2, commande pour la voie 3).
  • Avril 2026 - Déploiement (réception de la mise à jour, démarrage de la migration, livraison du terminal).
  • Mai 2026 - Tests, formation, premiers usages en double.
  • Juin 2026 - Bascule officielle, première semaine de production, arrêt progressif de l'ancien système.
  • 1ᵉʳ juillet 2026 - Conformité obligatoire. Le nouveau système doit être pleinement opérationnel.

Au-delà de mars 2026, le délai disponible ne permet plus une migration sereine vers un SFE éditeur tiers. La voie 2 reste possible mais avec un risque élevé. Dans ce cas, la voie 3 devient souvent la solution la plus pragmatique pour rester conforme à temps, quitte à migrer ultérieurement vers un SFE complet.

Reprise de données et archivage

Le passage à un nouveau système (voies 2 et 3) implique de traiter le sort des données historiques.

Ce qui est repris : clients actifs, articles encore vendus, soldes clients en cours (impérativement, avec validation comptable), devis et commandes encore vivants à la bascule. Les factures historiques ne sont en principe pas reprises dans le nouveau SFE : elles sont conservées dans l'archive ou exportées en PDF / CSV pour conservation 10 ans.

L'archivage de l'ancien système : sauvegarde complète finale, export des rapports clés (livre des ventes, journal, balance) au format PDF non modifiable, conservation de l'installation logicielle (médias, clés de licence) sur supports pérennes en double exemplaire, documentation de l'architecture et des paramétrages.

L'obligation de conservation est de 10 ans. En cas de contrôle DGI portant sur une période antérieure au changement, vous devez pouvoir produire les factures de cette période. L'archive doit être lisible et exploitable, pas un disque dur oublié dans un placard.

Conduite du changement

Une migration technique réussie peut quand même mal se passer si la conduite du changement est négligée. La conduite du changement représente entre 20 et 30 % de l'effort total d'une migration. La sous-estimer conduit fréquemment à des bascules formellement réussies mais opérationnellement difficiles.

Le plan type : communication amont pour expliquer la nécessité et le calendrier ; formation des utilisateurs avancés (key users) en premier - ils deviennent référents internes ; formation des utilisateurs courants dans le mois précédant la bascule ; période de double saisie (1 à 2 semaines) si possible ; support renforcé en post-bascule (présence accrue du référent IT et de l'éditeur pendant 2 à 4 semaines) ; bilan à 1 mois.

Ne pas oublier la communication externe : informer les clients institutionnels que la facturation peut être impactée pendant une courte période, mettre à jour les supports commerciaux mentionnant des références internes.

En cas de contrôle pendant la transition

La période préparatoire n'exclut pas les contrôles ordinaires. Si un contrôle survient pendant la phase de transition, documentez votre démarche : échange écrit avec l'éditeur actuel, procès-verbal de décision interne sur la voie choisie, devis et contrats avec les nouveaux fournisseurs, journal de la migration.

L'administration distingue généralement les entreprises de bonne foi engagées dans une démarche structurée de celles qui se sont désintéressées de la question. Disposer d'une trace écrite du diagnostic, de la décision et du plan d'action est en soi un élément protecteur.

L'accompagnement Cabinet CECBS

Le Cabinet CECBS accompagne ses clients sur l'ensemble de la démarche : diagnostic initial, comparaison des éditeurs, négociation des contrats, suivi de la migration, formation comptable, validation post-bascule. Cette intervention s'intègre à votre mission d'expertise comptable habituelle.

Pour aller plus loin, téléchargez la note technique détaillée (34 pages) qui comprend la grille de décision à remplir, la check-list de migration en 25 items, le glossaire complet et les références juridiques exhaustives.

Cet article est un résumé pédagogique. La note technique correspondante constitue le document de référence opérationnel. Pour toute question spécifique à votre situation, contactez le Cabinet CECBS.